La Vereniging van Inheemse Dorpshoofden in Suriname (VIDS, Association des chefs de village autochtones du Suriname) et plusieurs autorités traditionnelles ont exprimé, dimanche 1er novembre 2026, lors d’une action pacifique à Cabendadorp, dans le district de Para, leurs préoccupations face à l’absence de mesures concrètes pour protéger leurs droits et leurs territoires de vie.
Outre la reconnaissance des droits fonciers collectifs, la mortalité des poissons à Pikin Saron, l’attribution de terrains et de concessions ainsi que la non-exécution de décisions judiciaires internationales ont également été abordées. L’action s’est déroulée à la veille de l’examen de la situation des droits humains du Suriname par l’ONU à Genève.
Lors de la réunion, des chefs de village et des représentants de communautés autochtones de différentes régions du Suriname étaient présents. Plusieurs autorités traditionnelles ont fait des déclarations sur les problèmes auxquels leurs communautés sont confrontées.
Selon la directrice de la VIDS, Cylene France, l’action pacifique vise à attirer conjointement l’attention sur la situation des peuples autochtones et la protection de leurs zones d’habitation et de vie traditionnelles.
Dans une interview accordée à Key News, France a déclaré que des représentants des autorités traditionnelles et des habitants des villages des six régions se sont rendus à Cabendadorp pour faire entendre leur voix.
Chef de village de Pikin Saron : les promesses n’ont pas été tenues
L’un des sujets qui ont été clairement mis en avant lors de l’action était la mortalité des poissons dans le fleuve Saramacca et ses conséquences pour les habitants de Pikin Saron et des communautés environnantes.
Le chef de village de Pikin Saron a évoqué l’impact de la pollution sur la vie quotidienne des habitants. La mortalité des poissons a eu des conséquences sur l’approvisionnement alimentaire et les revenus des familles qui dépendent du fleuve.

La présidente Jennifer Simons a visité Pikin Saron le 30 juillet 2026, où les problèmes environnementaux et les solutions possibles ont été discutés lors d’un krutu (réunion traditionnelle) avec les habitants et les autorités traditionnelles.
Lors de cette visite, il a notamment été question d’une indemnisation pour les habitants touchés, d’une enquête sur la pollution et de mesures destinées à prévenir toute répétition. Key News avait déjà fait état de cette situation dans l’article La présidente promet un laboratoire et une indemnisation après la pollution du fleuve Saramacca.
Selon l’administration du village, peu d’améliorations perceptibles ont toutefois été constatées depuis ces discussions.
« Des promesses ont été faites, mais cela en est resté là », a-t-il été souligné lors de la réunion.
Le mécontentement porte principalement sur l’absence de résultats visibles pour les habitants touchés.
Le 28 août, la présidente Simons a de nouveau visité la zone, cette fois avec des représentants de la Nationale Milieu Autoriteit (NMA, Autorité nationale de l’environnement). Selon un communiqué officiel du gouvernement, de fortes concentrations de substances chimiques, de métaux lourds et de cyanure avaient été détectées dans l’eau du fleuve et chez les poissons lors des analyses. Le gouvernement avait alors indiqué vouloir travailler avec les communautés concernées à la recherche de solutions.
L’administration du village de Pikin Saron affirme à présent que la communauté ne connaît toujours pas suffisamment d’améliorations.
L’attribution de terrains et les concessions restent préoccupantes
Outre la mortalité des poissons, l’action pacifique a attiré l’attention sur l’attribution de terrains et de concessions au sein des zones d’habitation et de vie traditionnelles des communautés autochtones.
Selon les autorités présentes, les communautés ne sont pas suffisamment associées aux décisions concernant leurs territoires. Elles craignent que les activités économiques et les attributions de terrains aient des conséquences sur leur environnement de vie, leurs moyens de subsistance et leur mode de vie traditionnel.
La VIDS plaide donc pour une reconnaissance légale des droits fonciers collectifs et une participation effective des autorités traditionnelles aux décisions ayant une influence directe sur les communautés autochtones.
Exécution de l’arrêt Kaliña et Lokono de nouveau exigée
Un autre sujet important était l’absence de mise en œuvre complète de l’arrêt Kaliña et Lokono. Le 25 novembre 2015, la Cour interaméricaine des droits de l’homme a jugé que le Suriname n’avait pas suffisamment protégé les droits collectifs des peuples autochtones concernés. La Cour a notamment ordonné à l’État de délimiter leurs territoires traditionnels et de reconnaître juridiquement les droits de propriété collective.
La traduction officielle néerlandaise de l’arrêt est disponible via les autorités surinamaises.
Plus de dix ans après cette décision, les autorités traditionnelles estiment que la mise en œuvre nécessaire reste toujours insuffisante.
La reconnaissance des droits collectifs et la protection des territoires de vie traditionnels font ainsi à nouveau partie des principales revendications des communautés autochtones.
La VIDS constate des progrès insuffisants depuis le précédent examen de l’ONU
La directrice de la VIDS, France, a déclaré à Key News que l’organisation a contribué à un rapport parallèle pour le quatrième cycle de l’Examen périodique universel (EPU) des Nations unies.
Ce rapport est distinct du rapport national soumis par les autorités surinamaises. Il contient des constatations et des préoccupations concernant la situation des droits humains des communautés autochtones.
Selon France, la VIDS a déjà partagé ses constatations par écrit en avril. Il a notamment été établi que, selon l’organisation, des progrès insuffisants ont été réalisés dans la mise en œuvre des recommandations antérieures.
Elle a souligné qu’un projet de loi sur la protection des droits collectifs des peuples autochtones et tribaux avait bien été élaboré, mais qu’il n’avait pas encore conduit à la reconnaissance légale souhaitée.
Elle a également critiqué des modifications qui, selon elle, ont été apportées au projet de loi sans une participation suffisante des communautés concernées.
La VIDS exige que les peuples autochtones ne soient pas seulement consultés, mais réellement associés aux décisions qui déterminent leur avenir.
Les aînés transmettent la lutte aux jeunes
Lors de l’action, la présence de nombreux habitants âgés des villages a été remarquée. France a souligné que la génération plus âgée joue un rôle important dans la préservation de la culture, des connaissances et du mode de vie traditionnel.
Elle estime toutefois nécessaire d’associer davantage de jeunes à la lutte pour les droits collectifs.
« Les aînés s’en vont, mais les jeunes doivent encore venir », a déclaré France.
Selon elle, il s’agit en fin de compte de l’avenir des générations suivantes, qui doivent elles aussi pouvoir profiter de leurs forêts, criques, fleuves et territoires de vie traditionnels.
La VIDS souhaite donc continuer à investir dans la sensibilisation des jeunes et leur implication dans la protection des droits autochtones.
Le Suriname devant l’examen des droits humains de l’ONU lundi
L’action pacifique intervient à un moment important pour le Suriname. Le lundi 2 novembre 2026, le pays sera examiné à Genève lors du quatrième cycle de l’Examen périodique universel.
Lors de cet examen, la délégation surinamaise devra expliquer quelles mesures ont été prises depuis le précédent examen en 2021 afin d’améliorer la situation des droits humains.
La réunion aura lieu de 09h00 à 12h30 à Genève, ce qui correspond à 05h00 à 08h30 au Suriname.
Pour la VIDS et les chefs de village présents, cet examen international constitue une occasion d’attirer à nouveau l’attention sur la reconnaissance légale des droits collectifs, la protection de leurs territoires de vie et la mise en œuvre des recommandations internationales et décisions judiciaires antérieures.
L’organisation attend avec intérêt les réponses que le gouvernement surinamais donnera lors de l’examen de l’ONU.

